
J’aime les mots
28 mars 2010*** Ce texte est une reprise d’un texte publié il y a quelques années sur un ancien blogue. ***
D’aucuns idolâtrent Dieu, le feng shui ou le Canadien de Montréal. Moi, ce que je vénère, ce sont les mots. Bêtement et simplement.
J’aime tous les mots, sans ségrégation ni snobisme. Je les aime sans retenue, qu’ils soient laids comme tas ou beaux comme dame-d’onze-heures.
J’aime l’association que notre cerveau fait entre un mot et l’objet qu’il représente ou, comme disait Ferdinand de Saussure, entre le signifiant et le signifié. Avouez qu’on a envie de cueillir un bouquet de dame-d’onze-heures, mais qu’on refuserait volontiers un bouquet de tas. J’aime ces jolies ondes sonores qui réfèrent à un joli concept. Car il faut bien le dire : c’est fichtrement beau, une dame-d’onze-heures!
J’aime les déformations phonétiques québécoises ou les archaïsmes comme, entre autres, les piasses. Pas les piastres et encore moins les dollars : ce sont des piasses, qu’on veut, au Québec! De belles grosses piasses avec deux s, cette belle consonne fricative sourde (!!!) qui a rendu “ces serpents qui sifflent sur vos têtes” si célèbres.
Je suis étrange comme ça, moi. Ainsi va la vie.
J’aime aller à Montréal en empruntant l’autoroute 20 uniquement pour lire les noms des villages saupoudrés çà et là sur des pancartes affreusement vertes et, surtout, pour me poser des questions débiles inspirées de ces noms. Que peut-il bien y avoir de superbe dans un village portant le bucolique nom de Sainte-Sophie-de-Lévrard? Le Monsieur Joly qui a donné son nom au village de Joly, c’était qui? Le dénommé Alain qui a osé pondre cet étrange toponyme qu’est Val-Alain est-il allé se cacher après son crime? Daveluyville, comment ça se prononce? Comment appelle-t-on les habitants de Lyster? Des Lystérioses? Des Lystérines? Warwick et Wickham fusionneront-ils un jour pour créer un méga-village savoureusement nommé Warwickham?
Je suis étrange comme ça, moi. Ainsi va encore la vie.
J’aime les mots truculents qui n’ont aucune prétention comme, par exemple, tripoter et poutine. Pouvait-il y avoir un terme plus génial que poutine pour décrire cette avalanche de douteux fromage en grains et ce concert de pommes de terre noyés dans un torrent de sauce brune épaisse? Oh que non! Dieu que ça sonne bien, le mot poutine! Dieu que c’est bon, la poutine! Je me suis d’ailleurs souvent demandé si la poutine n’était pas une métaphore tangible visant à prouver l’existence de Dieu. Mais bon, je m’égare, je m’égare.
Parlant de poutine, voilà un autre bel exemple de parfaite association entre le signifiant et le signifié. Essayez de vous imaginer chez Ashton en train de commander un “magret régulier extra sauce”. Ça ne fonctionne pas, point à la ligne. Le mot poutine est fait sur mesure pour ce qu’il représente : il est brun, chaud, réconfortant. Il exsude le gras trans, à notre grand bonheur, d’ailleurs. Vive la poutine! Vive les mots!
Je suis étrange comme ça, moi. Ainsi va encore et encore la vie.
J’aime les mots pour ce qu’ils sont, ce qu’ils font et ce qu’ils feraient si on s’en servait toujours intelligemment. On dira bien ce que l’on voudra, mais les seules choses en ce monde qui puissent servir à la fois à faire la guerre, l’humour et l’amour, ce sont les mots.
Les mots m’obsèdent. Je suis né comme ça. Et j’ai même décidé d’en faire un métier. Tout compte fait, je me dis qu’il y a des façons plus malsaines de vivre ses obsessions que celle que j’ai choisie.
Bonjour tout le monde !
Bravo pour le blog et vos billets, je vous souhaite une longue continuation et une longue année 2011.